Nous recrutons

LE DÉVELOPPEMENT DES FILIÈRES À LA SCAEL

4 Août 2026 | À la une, Agricole

Diversifier avec méthode afin de créer de la valeur pour les adhérents.

Dans un contexte agricole en recherche de valeur, le développement de filières constitue pour la SCAEL un levier important pour diversifier l’assolement et apporter de la visibilité à moyen terme aux adhérents. Cette stratégie ne vise pas à remplacer les grandes cultures céréalières et oléagineuses, qui restent le cœur de métier de la coopérative, mais à proposer des opportunités complémentaires dans l’assolement.

Une filière ne doit pas se construire sur « un coup de tête ». Avant de s’engager, la coopérative s’assure que le projet repose sur des bases solides : un débouché identifié, une faisabilité technique, une organisation logistique adaptée et une rentabilité envisageable pour les agriculteurs comme pour la coopérative sur au moins trois à cinq ans.

Aujourd’hui, la SCAEL suit environ 120 000t de filières. Haricot rouge, lavandin, lavande, colza GES, lin semences ou encore sarrasin : ces démarches, réparties sur toute la zone de la coopérative sont soumises à des cahiers des charge différents évalués tous les ans par le service Céréales et Qualité de la SCAEL.

Haricot rouge : Un contrat 3 ans pour démarrer

Dans sa dynamique de diversification, SCAEL a travaillé à la mise en place d’un débouché HARICOTS. Après une année de test auprès de deux agriculteurs, l’industriel acheteur a validé et a souhaité contractualiser 200 ha d’HARICOTS ROUGE pour la récolte 2026. Pour apporter de la visibilité, l’engagement a été pris sur trois ans, avec un objectif de 600 tonnes par an.

Ce nouveau projet apporte plusieurs défis à la coopérative. Le premier concerne la récolte, qu’il faut pouvoir sécuriser. La deuxième porte sur le séchage, une étape essentielle pour préserver la qualité du produit. Enfin, le triage représentait également un enjeu important, rapidement résolu grâce à la revalorisation d’un outil déjà présent au sein de la coopérative : le trieur optique d’Artenay. Cette capacité à s’appuyer sur des équipements existants renforce la cohérence économique du projet.

Pour les agriculteurs engagés, le haricot rouge représente une opportunité de diversification intéressante. Thibault François, qui cultive cette production depuis quatre ans, témoigne de son intérêt pour cette culture.

« Nous aimons innover et essayer de nouvelles cultures. Quand la SCAEL nous a proposé de travailler sur le haricot rouge, on a accepté assez naturellement, d’autant plus que nous avions déjà une partie du matériel nécessaire.

C’est une culture qui s’intègre plutôt bien dans notre système. Elle demande peu d’intrants, elle n’a pas besoin d’azote, et elle permet aussi de diversifier les usages de matières actives. C’est intéressant d’un point de vue agronomique, mais aussi dans le cadre de la PAC, notamment avec les enjeux autour des protéagineux.

Sur notre exploitation, une partie des surfaces est irriguée et l’autre ne l’est pas. C’est une culture relativement peu gourmande, qui permet aussi d’échelonner le travail avec nos autres cultures. Cela nous apporte de la souplesse dans l’organisation ».

Lavandin et lavande : une filière installée dans la durée

La filière lavandin / lavande fait partie des démarches déjà structurées au sein de la coopérative. Les surfaces sont aujourd’hui stables, avec environ 540 hectares de lavandin, 15 hectares de lavande biologique et 15 hectares de lavande conventionnelle.

Le lavandin occupe une place plus importante que la lavande, dont le marché reste moins développé. Les rendements en lavande sont toutefois meilleurs que les estimations réalisées au lancement.

Le lavandin affiche également des résultats satisfaisants. Les rendements sont jugés très bons, notamment au regard du contexte observé dans le sud de la France, où les producteurs font face à des conditions plus chaudes, plus sèches et à une pression accrue des ravageurs. Sur le territoire de la SCAEL, les performances obtenues permettent d’envisager une prolongation de la durée de vie de certaines plantations.

Les plus vieilles parcelles arrivent aujourd’hui sur leur cinquième récolte. À l’exception d’une année 2024 plus compliquée en raison des excès d’eau, les résultats sont restés satisfaisants.

Cette filière montre l’intérêt d’une diversification pensée sur le temps long. Une culture pérenne comme le lavandin demande de l’anticipation, de l’investissement et un suivi régulier. Sa réussite repose donc sur l’équilibre entre rendement, durée de vie des plantations, qualité du produit et état du marché.

Colza GES : 330 000 € versés aux producteurs de COLZA

La filière colza GES s’inscrit dans une logique différente. Il ne s’agit pas d’introduire une nouvelle culture, mais de mieux valoriser une production déjà présente dans les assolements grâce aux enjeux liés aux biocarburants et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Cette démarche a débuté en 2021, dans un contexte d’évolution des législations sur les biocarburants. Depuis cette date, la SCAEL a valorisé 72 000 tonnes de colza en GES et reversé 1 350 000 € aux adhérents. Ces résultats montrent l’intérêt concret de cette filière, qui permet de générer une valeur supplémentaire sur une culture déjà maîtrisée.

Les années 2021 et 2022 ont été particulièrement favorables, avec des primes GES importantes, portées par une législation plus souple et un marché très dynamique. L’année 2024 a en revanche marqué un coup d’arrêt. Les primes ont disparu, la réglementation s’est renforcée et les exportations d’huiles usagées chinoises vers l’Europe ont fortement perturbé le marché.

Pour la campagne 2025, les primes GES font leur retour, dans un cadre plus exigeant. La législation et le suivi sont renforcés, ce qui demande davantage de rigueur, mais contribue aussi à assainir le marché. Les perspectives semblent aujourd’hui mieux orientées, portées par les nouvelles réglementations sur les biocarburants et par la volonté européenne d’augmenter la part du biodiesel tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

Pour la SCAEL, cette filière démontre qu’il est possible de créer de la valeur sans forcément changer de culture. Elle demande cependant une veille constante, car son équilibre dépend fortement du cadre réglementaire et des dynamiques de marché.

Lin semences : un test en cours

Le lin semences fait partie des pistes actuellement explorées par la SCAEL. La filière en est encore à une phase de test auprès de trois agriculteurs. Cette étape est indispensable pour vérifier la faisabilité technico-économique avant d’envisager un développement plus large.

La SCAEL est entrée en contact avec un acteur important du teillage de lin, afin de sécuriser un approvisionnement en semences. Ce partenariat est stratégique, car il permet de relier la production agricole à un débouché industriel identifié.

Si les essais sont concluants, la filière pourrait atteindre environ 200 hectares dès l’année prochaine. Cette projection montre le potentiel du lin semences, tout en rappelant que son développement dépendra des résultats observés cette année.

Un suivi technique est mis en place entre le service agronomie de la SCAEL et un technicien de l’usine de teillage. L’objectif est d’accompagner les agriculteurs, de sécuriser les itinéraires techniques et de construire progressivement les références nécessaires. Cette méthode correspond à l’approche globale de la coopérative : tester, accompagner, mesurer, puis développer si les conditions sont réunies. 

Sarrasin : une réponse aux enjeux des bassins de captage

La filière sarrasin répond à des enjeux à la fois agricoles, environnementaux et territoriaux. Elle est notamment travaillée dans le cadre des bassins de captage, en particulier celui de Chartres, où les acteurs locaux encouragent le développement de cultures bas intrants pour réduire l’usage des produits phytosanitaires et des intrants.

La SCAEL travaille cette filière avec Chartres Métropole et l’agence de l’eau. Cette collaboration illustre la façon dont une filière peut répondre à des attentes locales tout en offrant un débouché aux agriculteurs. Le sarrasin permet ainsi de concilier production agricole et préservation de la ressource en eau.

Aujourd’hui, les volumes représentent plus de 700 tonnes par an. Les contrats sont encore annuels, ce qui permet de faire vivre la filière, mais n’offre pas encore toute la visibilité souhaitée. La SCAEL travaille donc à construire des partenariats plus pérennes afin de sécuriser les engagements dans le temps.

Le sarrasin montre ainsi que les filières peuvent aussi être un outil de dialogue avec les territoires, notamment lorsqu’il s’agit de répondre à des enjeux environnementaux concrets.

Diversifier sans fragiliser le cœur de métier

Le développement des filières à la SCAEL repose sur une ambition claire : proposer de nouvelles opportunités aux adhérents, sans fragiliser le cœur de métier de la coopérative. Les grandes cultures céréalières et oléagineuses restent centrales, mais les filières apportent des relais de valeur, des réponses à des enjeux clairement identifiés et des solutions adaptées à différents territoires. Pour la récolte 2026, le montant total de la valeur ajoutée reversée aux agriculteurs est estimé à 2 millions d’euros, ce qui valorisent la traçabilité et les pratiques des agriculteurs.

Cette diversité permet à la SCAEL de ne pas dépendre d’un seul levier. Elle offre plusieurs solutions selon les sols, la capacité d’allotement des silos, les contraintes et les objectifs des exploitations. Mais elle suppose aussi une grande rigueur : une filière ne peut réussir que si elle est construite avec un débouché, une logistique, une rentabilité, un accompagnement technique et une traçabilité.

À travers ces démarches, la SCAEL confirme sa volonté de s’adapter aux évolutions du modèle agricole. La diversification n’est pas une rupture, mais un outil au service de la durabilité des exploitations et de la coopérative. Construite avec méthode, elle permet de créer de la valeur, de renforcer la résilience des fermes et de préparer l’avenir aux côtés des adhérents.